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03 August 2020

Participation en entreprise, le grand écart quotidien

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Vous l’aurez compris, la gestion participative en démocratie directe, ça compte beaucoup pour le groupe Terre ! C’est un peu notre dada, notre cheval de bataille… Si on vous en parle tellement, c’est que nous sommes persuadé·e·s que la gestion participative est la clé d’une transformation profonde de l’économie en faveur de l’intérêt général, de l’humain et de l’environnement.

Après vous avoir expliqué notre propre fonctionnement avec la présentation de nos différents lieux d’informations et de décisions collectives, nous souhaitons maintenant aller voir comment d’autres entreprises d’économie sociale mettent en œuvre la gestion participative.

On commence aujourd’hui avec le Relais Est, un partenaire de Terre asbl actif, comme elle, dans la collecte, le tri et la valorisation de textile. Son directeur, Ludovic Ferez, répond à nos questions.

Pourriez-vous présenter brièvement le Relais Est ?

Ludovic Ferez – Le Relais Est existe depuis 1994. Nous faisons partie de la famille EMMAÜS. Nous collectons, trions et valorisons le textile. Notre centre de tri est situé à Wittenheim en Alsace. Nous avons sept magasins de vêtements de seconde main en Alsace et en Franche-Comté.

Le Relais Est compte actuellement 130 salarié·e·s, dont 50 qui sont en contrat d’insertion c’est-à-dire pour un contrat de deux ans.

Comment les travailleur·se·s participent-ils·elles à la gestion de leur entreprise ?

Nous sommes une SCOP (Société coopérative et participative), donc les propriétaires de l’entreprise sont des salarié·e·s : 63 salarié·e·s sur les 130 sont propriétaires de l’entreprise.

De plus, nous avons un conseil d’administration de treize membres, élu pour six ans, avec uniquement des salarié·e·s de tous les secteurs. Le CA se réunit chaque mois pour s’assurer de la bonne marche de notre entreprise.

Le fait que les travailleur·e·s soient propriétaires de l’entreprise a-t-il un effet sur l’implication du personnel ?

Oui, très certainement ! Cela change la vision sur l’entreprise : nous sommes collectivement en charge de notre avenir et ce n’est pas un CA en dehors de notre réalité qui va prendre des décisions à notre place, décisions contre lesquelles il faudra se battre si elles ne nous conviennent pas.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en matière de gestion participative ?

C’est parfois difficile de concilier notre besoin de produire et le temps à passer en réunion. Mais une réunion courte, transparente, participante, permet de mieux comprendre les enjeux actuels que traverse notre SCOP, de répondre aux questions. Elle permet surtout que tout le monde tire la barque dans la même direction.

Quels sont les avantages à gérer l’entreprise de manière participative ?

Nous sommes plus rapides dans nos prises de décisions, dans nos adaptations.

De plus, au niveau du résultat quand il y en a, la moitié reste dans l’entreprise pour en garantir son développement futur : c’est aussi une garantie pour consolider notre entreprise.

Reunion participative Le Relais

Avez-vous un exemple d’une décision prise collectivement, d’un moment important dans la vie du Relais Est ?

Des moments importants de notre jeune SCOP, il n’y en a pas 36…

L’année dernière, nous avons fait le choix, à bulletin secret et après des réunions par petits groupes d’échanges, de rester sur un fonctionnement quotidien en démocratie directe sans représentants du personnel.

En 2016, on a choisi de devenir fondateur associé au GEIE TESS avec les autres membres dont Terre asbl. C’était un choix important pour nous, il a été largement débattu en interne, à la fois en petites réunions de salarié·e·s et par notre conseil d’administration.

Voilà des décisions qui ne coulent pas de source et pour lesquelles nous avons pris le temps de débattre avec, à chaque fois, des temps suffisants entre les étapes et les débats pour que tou·te·s ceux·celles qui veulent creuser ou avoir des éléments supplémentaires puissent les avoir. Et ne pas laisser des interrogations ou des points en suspens.

Comment réagit un·e jeune salarié·e quand il·elle arrive au Relais et qu’il·elle découvre la participation en entreprise ?

Il faudrait lui demander… Souvent quand une personne arrive chez nous, elle cherche d’abord un travail et un salaire. Au fil du temps, ce qui est apprécié c’est que l’information est disponible pour tout le monde, que les idées sont écoutées, mais aussi la proximité et la disponibilité de la direction.

Avez-vous l’impression que ce modèle d’entreprise correspond aux attentes de la jeune génération ?

Nos modèles participatifs attirent la jeune génération qui veut donner du sens à son travail. Avec parfois un oubli que nous sommes aussi des entreprises et qu’une entreprise, pour se développer et survivre, doit gagner de l’argent. Efficacité et rentabilité d’un côté, sens et humain-environnement de l’autre, c’est le grand écart quotidien qu’il faut pratiquer. Venir chez nous nécessite une pratique accrue des étirements !

Quel message voudriez-vous adresser à la génération qui entame son parcours professionnel ?

C’est important de savoir pour qui on travaille, pour qui on va passer autant de temps de nos vies à suer : qui est propriétaire, qui prend les décisions, dans quelles poches part le bénéfice.

Pour conclure, comment vivez-vous la crise sanitaire actuelle ? A-t-elle mis en évidence des forces ou des faiblesses chez vous, en tant qu’entreprise sociale et participative ?

La COVID a fortement impacté la région de Mulhouse où nous sommes. Nos équipes ont été touchées, mais sans gravité. L’important a toujours été de redémarrer en sécurité pour nos travailleur·se·s et nos familles. La force d’une SCOP réside dans le partage d’un projet commun et dans le fait que les bénéfices des années précédentes sont restés en réserves dans l’entreprise. Je pense que ces réalités font que nous redémarrons plus vite et plus motivé·e·s, serein·e·s pour l’avenir.

En savoir plus

  • Rendez-vous sur le site du RELAIS EST
  • Et pour tout connaître sur le modèle français des Sociétés coopératives et participatives, rendez-vous sur le site des SCOP
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28 May 2020

Carte blanche

"Et si la clé d’une économie raisonnée existait déjà ? Et si la clé d’un avenir plus serein résidait tout simplement dans l’économie sociale ? Ces deux derniers mois, nombreux sont celles et ceux qui ont aspiré aux valeurs qui guident chaque jour les acteurs de l’ES dans leurs activités."

Dans une carte blanche publiée ce 27 mai dans le journal Le Soir, Concertes, ses 18 organisations membres et plus de 80 chercheurs, académiques, fédérations et entreprises, dont Groupe Terre asbl, rappellent avec insistance le rôle prépondérant des acteurs de l'économie sociale dans la construction collective d'un vivre ensemble plus juste et durable.

La carte blanche est disponible en entier ici: https://plus.lesoir.be/303376/article/2020-05-27/la-cle-dun-renouveau-collectif-et-solidaire-existe-deja
 

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28 April 2020

Podcast: confinement - Groupe Terre asbl

Pour son premier podcast, SAW-B, Solidarité des Alternatives Wallonnes et Bruxelloises a interviewé William Wauters, président de Groupe Terre asbl. Il explique comment nos activités essentielles fonctionnent pendant ce confinement. Mais aussi comment se passe l’échange des informations en interne dans une entreprise participative, ses craintes pour l’avenir et l’importance des vecteurs de changement ancrés dans le fonctionnement de l’économie sociale.

À vos écouteurs ! https://www.mixcloud.com/sawbasbl/episode-1-confinement-groupe-terre-asbl/

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17 September 2019

Le Roi Philippe en visite à l'occasion du 70e anniversaire du groupe Terre

Ce jeudi 19 septembre, un air de fête souffle sur le parc industriel des Hauts-Sarts à Herstal. Le groupe Terre, qui célèbre cette année son septantième anniversaire, reçoit la visite de Sa Majesté le Roi. Au cours de cette visite, l’accent est mis sur l’activité de récupération des vêtements et ses enjeux, mais également sur le modèle entrepreneurial alternatif développé par le groupe Terre. La visite a tout pour séduire notre Souverain qui a exprimé à plusieurs reprises au cours des derniers mois l’intérêt qu’il porte à l’entrepreneuriat social et son souhait de lui donner une visibilité particulière.

Parcours d’un sac de vêtements

Guidé par William Wauters, Président de Groupe Terre asbl, le Souverain découvre tout d’abord le parcours d’un sac de vêtements, étape par étape. Tout commence au niveau des bulles à textile où la population dépose ses dons. Terre compte 2.500 bulles en Régions Wallonne et de Bruxelles-Capitale. Celles-ci permettent de collecter chaque année 18.000 tonnes de textile et toutes affichent le label Solid’R. Ce label, explique Benoît Gaublomme, responsable de la collecte textile, a été mis en place car la présence d’opérateurs privés, parfois sous un couvert pseudo-humanitaire, est une source de confusion dans le public. Les opérateurs Solid’R s’engagent au respect de règles éthiques et solidaires et à leur contrôle par un organisme indépendant. Ainsi, les citoyens qui souhaitent se défaire de biens au profit d’un projet de solidarité ont la certitude que ces biens seront revalorisés dans cet objectif. Ce label, belge au départ, est en train de s’internationaliser, comme en témoignent les récentes certifications d’opérateurs français et italien.

Après les bulles à vêtements, le Roi Philippe découvre la chaîne de tri avec Christian Dessart, directeur de Terre asbl et plusieurs opérateurs qui lui expliquent leur travail. Chaque vêtement est trié deux fois afin de lui donner la meilleure affectation possible. Le but est de privilégier la réutilisation, c’est-à-dire de réinsérer le vêtement sur le marché de la seconde main ; c’est le cas pour 55 % des dons. Les habits trop usés pour être à nouveau utilisés en tant que vêtements peuvent, dans certains cas, être recyclés ; 28 % des dons sont confiés à des recycleurs qui les défibrent et les réutilisent dans une fonction autre que l’habillement. Mais pour de trop nombreux dons (17 %), il n’existe aucune possibilité de réutilisation ni de recyclage. Ceux-là doivent être éliminés aux frais du groupe Terre.

Au sein de l’atelier de tri, les équipes présentent également au Souverain leur mode de gestion particulier. La dizaine d’entreprises du groupe Terre compte en tout plus de 400 travailleurs : 170 femmes et 270 hommes, en insertion professionnelle pour la plupart ; une trentaine de nationalités sont représentées ; les générations se mêlent. Et tout ce petit monde s’organise en gestion participative en démocratie directe. C’est-à-dire que les travailleurs sont directement impliqués dans le débat et la prise de décisions, qu’elles soient opérationnelles, stratégiques ou politiques. Chacun – ouvrier, employé, manager – est considéré comme coresponsable de son entreprise. Avec une telle diversité des profils, organiser le débat tient parfois de la gageure. Mais la force et la pérennité de projet Terre reposent certainement sur ce recours à l’intelligence collective pour faire face aux différents défis rencontrés en septante ans d’existence.

Retour sur 70 ans d’économie sociale et solidaire

Après la visite du centre de tri, le Roi participe à une table ronde avec des collaborateurs des différentes entités du groupe, mais également quelques fondateurs du projet Terre. Godefroid Bodeüs, Salvatore Vetro, Raphaël Ernst et José Constant sont en quelque sorte la mémoire du groupe Terre. Ils ont bien connu William Wauters, le fondateur et père de l’actuel Président. Ils sont fiers de retracer pour le Roi Philippe l’histoire d’un projet dans lequel ils se sont investis toute leur vie.

Le début des activités remonte à 1949, dans l’immédiat après-guerre. Quelques amis décident d’unir leurs efforts pour aider ceux qui sont dans le besoin : reconstruire un toit, trouver de quoi loger ou chauffer une famille, etc. Ensuite, l’économie belge se redresse et la situation quotidienne de la population s’améliore. Ces amis décident alors de s’investir ailleurs dans le monde où des gens sont dans le besoin. Partant du constat que lorsque l’économie va, tout va, ils se lancent dans des projets industriels ou agricoles. Ils souhaitent ainsi améliorer durablement les conditions de vie des populations locales.

Terre asbl est officiellement créée en 1963. Dans les années suivantes verront le jour une plâtrière en Algérie, une fabrique de vélos au Nicaragua, un soutien aux fermiers de l’île de Negros aux Philippines, entre autres réalisations. Tous ces projets sont financés par la vente de vieux papiers, vêtements et métaux collectés lors de grands ramassages en Belgique. Une dizaine de samedis par an, des centaines de volontaires de tous horizons, souvent d’origine ouvrière, se mobilisent à bord de camions prêtés par des entreprises ou des communes.

En 1973, le premier choc pétrolier plonge dans la récession de nombreux pays, dont la Belgique. Les restructurations et fermetures d’usines sont nombreuses. Beaucoup d’ouvriers qui participaient bénévolement aux grands ramassages se retrouvent sans emploi. Terre asbl se sent immédiatement interpellée. En 1980, elle opère une mutation et transforme son activité de récupération réalisée par des bénévoles au profit de postes de travail salariés. Dans le même temps, une seconde association est fondée pour reprendre les projets de solidarité internationale. Enfin, un nouveau combat pour une économie respectueuse de l’intérêt général débute. L’entreprise à finalité sociale en est la clé de voûte. En effet, chaque fois qu’une entreprise abandonne la logique exclusive de profit pour viser l’intérêt général, elle devient une brique dans la construction d’une économie respectueuse des gens et de leur environnement.

Depuis 1949, chaque génération a mené le projet Terre avec la vision de participer à la réalisation d’un monde démocratique où chaque être humain peut se réaliser dans la dignité, le respect mutuel et celui des générations futures.

 

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04 April 2019

Merci pour votre participation au colloque du 22 mars

La mondialisation : nouvelle opportunité pour l'économie sociale et solidaire ?
Un grand merci à Eva Cantele (ESS Forum International​), Arnaud Breuil (Up Coop​), William Wauters (TESS EEIG​), Yves Leterme (International IDEA), Victor Meseguer (Social Economy Europe​) et Isabelle Ferreras (UCLouvain – Université catholique de Louvain) pour leurs interventions lors du colloque !

On revient très bientôt avec d’autres supports qui alimenteront encore la discussion …

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20 March 2019

Pourquoi venir au colloque organisé par le groupe Terre le 22 mars à Charleroi?

 

Ecoutez William Wauters, son Président, au JT de Télésambre: "Les entreprises d'économie sociale travaillent dans l'intérêt général. Peuvent-elles influencer le système économique pour plus de respect de l'environnement et des gens?"

Toutes les informations sur notre évènement Facebook.

 

 

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