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11 September 2020

Passage de flambeau à la tête du groupe Terre

Cette assemblée générale du 4 septembre 2020 restera dans les mémoires du groupe Terre. Mesures anti-Covid obligent, nous nous sommes retrouvé·es dans une vaste salle du Palais des Congrès de Liège (comme des ministres ! a-t-on plaisanté). L’ordre du jour était chargé, il prévoyait surtout l’élection de nouvelles équipes composant le conseil d’administration de chaque entreprise du groupe Terre.

Parmi les nombreux changements (de nouvelles têtes, un sérieux coup de jeune, plus de diversité et de mixité – ainsi que l’a prescrit l’Assemblée Générale dans son cahier des charges), l’un d’eux est particulièrement symbolique. Après 26 années de présidence du groupe, William Wauters – dit Minmin – souhaite passer le flambeau. Une nouvelle équipe d’administrateur·trices, présidée par François Malaise, a été présentée à l’AG qui l’a élue pour un mandat de trois ans.

Ce changement de présidence est un moment fort dans la vie du groupe : bien plus qu’un simple passage d’une personne à l'autre, il représente la poursuite d’un modèle – celui de l’entreprise à but social –, la transmission d’un rêve qui continuera à grandir, de génération en génération.

Parole aux Présidents sortant et entrant !

William Wauters

Je me souviens de cet entretien que j’ai eu il y a 26 ans avec mes collègues José Constant et Raphaël Ernst au sujet de la présidence du groupe, juste après le décès de mon père qui avait fondé le projet Terre et qui l’a présidé jusqu’à sa mort. Sur l’émotion du moment, j’ai souhaité me porter candidat pour ce mandat de Président, mais aussi pour celui d’Administrateur délégué. Je voyais ça comme une manière d’apprendre tous les tenants et aboutissants du groupe puisque je serais appelé à signer tous les documents engageants. Durant plus d’un an, à chaque signature, j’allais trouver José dans son bureau pour qu’il m’explique de quoi il retournait. Heureusement que j’ai pu compter, pour endosser le costume, sur tous ceux qui portaient le projet Terre : José, Raphaël, Salvatore et bien d’autres. Je remercie aussi tous les travailleurs, qu’ils soient salariés ou bénévoles, pour leur bienveillance à mon égard, surtout durant ces premières années.

François Malaise qui me remplace aujourd’hui a toutes les compétences que je n’avais pas à l’époque. Je lui souhaite cependant le même soutien. C’est un challenge de transmettre le relais de manière organisée. Je suis heureux qu’il soit relevé.

Il aura fallu une petite dizaine d’année, après ma prise de fonction, pour que le groupe redresse la tête, redéfinisse un cap et reparte de plus belle. Le monde de l’entreprise me passionne. L’utiliser pour construire une économie respectueuse des personnes et de leur environnement est un défi qui m’a tout autant passionné. Je suis profondément convaincu que c’est en impliquant tous les travailleurs à la gestion de leur entreprise, en démocratie directe, que cette économie se construira.

La professionnalisation de nos activités a eu tendance à nous écarter de ceux qui ont le plus de mal à vivre dignement. J’ai tenu à remettre ce combat au cœur de notre action via le projet de casiers solidaires mais aussi par un chantier d’assemblée générale baptisé Terre et les plus démunis. L’intégration de Fleur Service Social et son projet de logement de transit en ont résulté.

Je me souviens encore d’avoir montré à l’ensemble des travailleurs du groupe un extrait du dessin animé Nemo : Marin arrive à convaincre tous les poissons de nager dans la même direction et ainsi à renverser le chalutier pour libérer Nemo et Doris. J’ai montré cet extrait au moment de redéfinir notre projet et de le formaliser dans une charte. Au sein du groupe Terre, il est essentiel de marcher à l’unisson. J’ai occupé différents postes avant de présider le groupe. Je sais d’expérience que lorsqu’on n’a pas une vision globale, on peut facilement remettre en question ce qu’on ne comprend pas et adopter une attitude de repli sur soi. Ce genre d’attitude est un poison pour le groupe. J’invite mes collègues de la nouvelle génération à toujours se mettre autour de la table ; tout peut toujours s’éclaircir par le dialogue.

Enfin, je souhaite à François autant de bonheur à présider le groupe Terre que ce que j’en ai reçu.

François Malaise

Il y a dix-sept ans que je travaille au sein du groupe Terre. Je ne pensais pas, au départ, rester si longtemps. Mon parcours a commencé à Fontaine-l’Évêque comme employé en recherche et développement. Au cours de ces dix-sept ans, j’ai eu la chance de participer à différents projets des sociétés du groupe. Voici quelques expériences qui ont marqué mon parcours.

Le développement des activités du groupe dans le Hainaut reste pour moi la première étape marquante : proposer des stratégies, mobiliser et construire les équipes autour d’un projet commun qui a débouché sur la création du site de Couillet.

Ensuite arriva la prise de direction d’Acoustix, la société commercialisant les panneaux Pan-terre et ses solutions acoustiques. Nous avons redéfini les stratégies commerciales et marketing et mis en place une nouvelle organisation du travail avec un rapprochement des sociétés Pan-terre et Acoustix, l’engagement d’un directeur commun aux deux sociétés et la mise en place d’une dynamique vertueuse.

D’autres missions suivirent suite à mon arrivée dans le service de la direction générale : une mission de management au sein du tri textile de Herstal, le redéploiement des activités de Fleur Service Social ou encore la création de notre nouveau projet, BatiTerre SCRL. À chaque étape, je suis intervenu dans la relance stratégique d’activités et dans l’accompagnement de personnes.

Ce cheminement, je n’aurais jamais pu le faire seul ; pour chacun de ces projets, j’ai eu la chance de pouvoir collaborer et m’appuyer sur les équipes concernées. C’est dans cet esprit-là que je me présente aujourd’hui à la fonction de président directeur général du groupe Terre.

C’est un projet peu fou de reprendre cette fonction. Deux fils conducteurs animent ma démarche.

Le premier, c’est de créer et faire vivre des espaces de démocratie dans des entreprises. Créer les conditions permettant ce fonctionnement d’entreprises au service de l’intérêt général est une de mes priorités. C’est génial de pouvoir embarquer avec nous des personnes qui, au départ, sont moins qualifiées ou dont le parcours de vie est moins facile que le nôtre, de leur permettre d’être actrices de leur entreprise en participant aux décisions, à la fois politiques, stratégiques et opérationnelles.

Mon deuxième fil conducteur, c’est le combat pour des vies plus dignes. Permettre des conditions de vie dignes, particulièrement pour des personnes plus démunies, est une priorité. Celle-ci nous renvoie à notre charte et à ses valeurs. Actuellement, l’insertion par le travail, soutenue par notre démarche éducative, reste le premier moyen pour y arriver.

Remplacer William à la présidence et à la direction générale du groupe est un moment exceptionnel. Il a consacré 26 ans de sa vie à dynamiser cette aventure populaire de développement en dirigeant nos entreprises et en construisant les lieux et les conditions d’une démocratie respectueuse de l’intérêt général. Un grand merci à lui !

Aujourd’hui, plusieurs défis sont à relever. Le premier consiste à sortir nos entreprises indemnes de la crise sanitaire actuelle. Le deuxième est de réussir le changement de génération et de continuer à avoir des directions capables d’entreprendre, d’animer nos équipes et de cultiver nos valeurs au sein de leurs entreprises. Ces projets forts permettront au groupe de poursuivre sa diversification et le développement de nouvelles activités pour des personnes en insertion, dans un contexte de transformation numérique, tout en renforçant notre gestion participative.

Durant le mandat à venir, nous préparerons le plan stratégique qui nous permettra de réaliser ces défis et de continuer à construire notre alternative au modèle économique traditionnel.

Nos défis seront relevés. Il ne s’agira pas de l’histoire d’une personne, mais de celle de travailleur·euse·s, d’entrepreneur·euse·s uni·e·s autour de nos valeurs et de nos finalités.

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17 July 2020

La gestion participative à l’épreuve du Coronavirus

Quatre mois après l’annonce du confinement en raison de l’épidémie de coronavirus, quel bilan dresser de cette situation sans précédent sur les entreprises du groupe Terre ? Selon leur secteur d’activités, les travailleur·se·s ont vécu des situations bien différentes : la poursuite des activités dites essentielles pour les un·e·s, le télétravail pour d’autres ou encore le chômage temporaire pour une bonne partie du personnel. Toutefois, ils·elles ont tou·te·s fait face à une même réalité : la quasi-absence de réunions pendant plus de deux mois. Une absence qui peut sembler anecdotique mais qui, dans des entreprises participatives, pourrait mettre à mal tout notre système de gestion participative en démocratie directe.

On pourrait résumer les effets du confinement sur le groupe Terre à quelques chiffres significatifs : 1.053 jours cumulés de fermeture pour les 21 magasins Terre, 1.000 tonnes de vêtements à stocker en attendant de pouvoir les trier ; 322 tonnes de verre collecté en plus en avril dans le Brabant Wallon ; 80 % de chiffre d’affaires en moins chez Co-Terre pour le seul mois d’avril ; 45.000 € de manque à gagner pour Autre Terre en 2020 ; 460 masques en tissu produits et distribués aux sociétés du groupe…

À tous ces chiffres, il faut en ajouter un qui pourrait passer inaperçu parmi les tonnes et les euros, mais dont l’impact est pourtant tout aussi dommageable à nos yeux : 181 heures de réunions qui ne se sont pas tenues entre la mi-mars et la mi-mai. Eh oui, pendant près de deux mois, aucune réunion n’a pu se tenir dans les locaux du groupe Terre.

Ces réunions (de secteur, chiffres et lettres, thématiques, grandes réunions, CA, AG) sont les maillons d’un système de gestion participative en démocratie directe ; elles sont également les outils d’un programme d’éducation permanente des travailleur·se·s du groupe Terre.

Limites des moyens numériques

Vous direz qu’aujourd’hui, avec tous les programmes de visioconférence qui existent, la distance ne devrait pas nous empêcher de nous réunir. C’est vrai : une vingtaine d’heures de réunion se sont tenues en visioconférence… Une vingtaine seulement car tout le monde, au sein du groupe, n’a pas accès à ces moyens numériques. Entre les travailleur·se·s occupés à des activités dites essentielles (comme la collecte des textiles, papier-carton, PMC et verre qui ont continué à fonctionner sans interruption durant tout le confinement), celles·ceux en chômage temporaire et celles·ceux en télétravail, il n’était pas simple de se retrouver pour s’informer et décider ensemble. Lorsque tout est mis en place pour éviter les contacts physiques, comment continuer à gérer collectivement l’entreprise ?

L’assemblée générale est un organe essentiel de notre gestion participative. Réunissant tou·te·s les travailleur·se·s qui le souhaitent, c’est elle qui prend les décisions stratégiques pour l’ensemble du groupe. Une AG était prévue le 8 mai, elle a bien évidemment dû être reportée. Elle s’est finalement tenue le 26 juin, dans des conditions extraordinaires.  Afin de respecter les mesures gouvernementales et pouvoir accueillir la centaine de membres en préservant la distanciation physique, nous avions prévu quatre salles de réunion. Ces quatre salles étaient interconnectées afin que tou·te·s puissent suivre les présentations sur écran, poser des questions, réagir et voter.

Techniquement, tout a bien fonctionné. Mais de l’avis des participant·e·s, la technique a ses limites : si on entendait parfaitement les propos tenus dans une autre salle, on voyait moins bien les visages. Privé·e·s de la richesse du langage non-verbal, certain·e·s participant·e·s ont fini par se sentir plus spectateurs qu’acteurs de cette réunion. Ils·elles ont malgré tout exercé leur rôle de membre en votant pour ou contre les projets présentés à l’AG ce jour-là.

Sans rassemblement, pas de démocratie

Nous espérons évidemment que la situation sanitaire ira en s’améliorant, qu’elle nous permettra bientôt de nous rassembler toutes et tous afin de tenir ces réunions d’informations et de décisions indispensables à une gestion démocratique de l’entreprise. Mais au-delà de ce microcosme de l’entreprise, la question touche à une liberté fondamentale de chaque citoyen·ne : la liberté de se rassembler. Difficile d’imaginer des élections, des débats, des manifestations sans aucun rassemblement… Que deviendrait un monde où cette interdiction de se rassembler deviendrait permanente ?

Nous ne remettons pas en cause la nécessité de contrôler la propagation d’un virus comme celui qui circule en ce moment ; préserver la santé du plus grand nombre est évidemment une priorité. Mais elle ne doit pas nous faire perdre de vue les enjeux démocratiques d’un confinement tel que nous l’avons connu.

Voir aussi

Sur le même thème, nous vous invitons à réécouter le podcast réalisé par SAW-B. William Wauters, Président de Groupe Terre asbl, y explique le fonctionnement du groupe Terre durant le confinement.

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